Les Dolomites ont ce talent rare : donner l’impression d’entrer dans un décor de cinéma dès les premiers kilomètres. Aiguilles calcaires rosées au coucher du soleil, alpages fleuris, refuges chaleureux et sentiers suspendus au-dessus des vallées… Cette région du nord-est de l’Italie est un paradis pour les randonneurs.
Le terme GR des Dolomites désigne généralement l’itinéraire de grande randonnée appelé Alta Via delle Dolomiti. Il ne s’agit pas d’un seul sentier parfaitement balisé comme certains GR français, mais d’un ensemble de grands itinéraires traversant les massifs dolomitiques. Le plus connu est l’Alta Via n°1, une traversée spectaculaire entre le lac de Braies et Belluno.
Voici un itinéraire conseillé, des informations pratiques et les paysages à ne surtout pas manquer pour préparer une randonnée inoubliable dans les Dolomites.
Le GR des Dolomites en quelques mots
L’Alta Via n°1 s’étend sur environ 125 kilomètres, selon les variantes choisies. Elle relie le lac de Braies, dans le Tyrol du Sud, à Belluno, en Vénétie. Le parcours traverse plusieurs massifs emblématiques : la Croda del Becco, les Cinque Torri, le groupe de la Civetta et la majestueuse Marmolada, même si cette dernière se découvre surtout par une variante ou depuis les vallées voisines.
La randonnée se réalise habituellement en dix à douze jours. Les étapes sont raisonnables sur le papier, mais le dénivelé, les sentiers rocailleux et les passages exposés demandent une bonne condition physique. Ce n’est pas une promenade digestive après une assiette de canederli, même si ces boulettes typiques du Tyrol du Sud vous aideront certainement à reprendre des forces au refuge !
Le balisage est généralement composé de marques rouges et blanches, avec des indications vers les refuges et les cols. Une carte détaillée, une application de randonnée et une trace GPS restent indispensables, car la météo peut rapidement modifier les conditions sur le terrain.
Quand partir sur l’Alta Via des Dolomites ?
La meilleure période s’étend de la fin juin à la mi-septembre. En début de saison, certains cols peuvent encore être enneigés et plusieurs refuges n’ouvrent qu’à partir de la deuxième quinzaine de juin. En septembre, les sentiers sont souvent plus calmes, mais les journées raccourcissent et les premières chutes de neige peuvent surprendre les randonneurs en altitude.
Juillet et août offrent les conditions les plus stables, mais ce sont aussi les mois les plus fréquentés. Les refuges affichent rapidement complet, notamment autour du lac de Braies et des Tre Cime di Lavaredo. Réserver plusieurs semaines, voire plusieurs mois à l’avance, est donc vivement recommandé.
En montagne, la météo reste imprévisible. Un matin bleu azur peut laisser place à un orage en début d’après-midi. Prévoyez un départ matinal afin de franchir les passages délicats avant les éventuels changements de temps.
Itinéraire conseillé en dix étapes
Du lac de Braies au refuge Biella
Le départ officiel se fait généralement au bord du lago di Braies, l’un des sites les plus photographiés d’Italie. Ses eaux turquoise, entourées de parois rocheuses et de forêts de mélèzes, donnent immédiatement le ton.
La première étape mène vers le refuge Biella, au pied de la Croda del Becco. Elle reste relativement courte, avec environ 6 kilomètres et 900 mètres de dénivelé positif. Cette mise en jambes est idéale pour s’acclimater, même si la montée se fait sentir dès les premiers lacets.
Le refuge étant rapidement complet, certains randonneurs choisissent de poursuivre jusqu’au refuge Sennes ou de dormir dans les environs du parc naturel Fanes-Sennes-Braies.
Du refuge Biella au refuge Fanes
Cette étape traverse des paysages plus ouverts, entre plateaux d’altitude, prairies et reliefs sculptés par le temps. Le parc naturel Fanes-Sennes-Braies est l’un des grands moments de l’itinéraire. Les montagnes paraissent presque irréelles, surtout lorsque les nuages s’accrochent aux sommets.
Comptez environ 17 kilomètres et 600 mètres de dénivelé positif. Le sentier est varié et alterne montées, descentes et passages plus tranquilles. Le refuge Fanes constitue une halte très agréable pour goûter une cuisine montagnarde généreuse. Une soupe chaude face aux sommets a parfois plus de valeur qu’un restaurant étoilé !
Du refuge Fanes au refuge Lagazuoi
Cette journée est l’une des plus spectaculaires. Le sentier passe par le col de Limo, longe le lac du même nom et traverse la vallée de Travenanzes. Les paysages deviennent plus minéraux, avec de grandes parois verticales qui accompagnent la progression.
L’arrivée au refuge Lagazuoi offre un panorama exceptionnel sur les Dolomites d’Ampezzo, les Tofane et les Cinque Torri. L’étape représente environ 12 kilomètres, avec près de 1 000 mètres de dénivelé positif.
Le refuge Lagazuoi est également accessible en téléphérique depuis le col de Falzarego. Cette possibilité peut être utile en cas de fatigue ou pour organiser une randonnée plus courte, mais elle ne remplace évidemment pas le plaisir d’arriver à pied après plusieurs heures d’effort.
Du refuge Lagazuoi aux Cinque Torri
La descente vers le col de Falzarego est impressionnante. Le secteur est chargé d’histoire : durant la Première Guerre mondiale, les Dolomites furent le théâtre de combats en altitude. Des tunnels, tranchées et galeries militaires sont encore visibles autour du Lagazuoi et des Cinque Torri.
Prévoyez environ 11 kilomètres et 500 mètres de dénivelé positif. Les Cinque Torri, cinq grandes tours rocheuses dressées dans le ciel, constituent l’un des paysages les plus reconnaissables du parcours. Au coucher du soleil, la roche se teinte de rose et d’orange : le fameux phénomène de l’enrosadira. C’est le moment où l’on comprend pourquoi les Dolomites sont surnommées les montagnes pâles.
Des Cinque Torri au refuge Staulanza
Le sentier poursuit sa route vers le col de Giau, une vaste prairie d’altitude entourée de sommets acérés. Le panorama est remarquable sur l’Averau, le Nuvolau et le groupe de la Croda da Lago.
Cette étape compte environ 17 kilomètres. Elle comporte plusieurs montées et descentes, sans difficulté technique majeure par temps sec. Le col de Giau est accessible par la route, ce qui permet d’organiser un ravitaillement ou de prévoir une nuit dans les environs si les refuges de l’itinéraire sont complets.
Du refuge Staulanza au refuge Coldai
Le paysage change progressivement. Les prairies laissent place à de grandes parois calcaires et à des passages plus sauvages. Le sentier mène vers le groupe de la Civetta, l’un des massifs les plus impressionnants des Dolomites.
Comptez environ 15 kilomètres et 900 mètres de dénivelé positif. Le refuge Coldai se trouve au bord d’un petit lac d’altitude. Par temps calme, les sommets se reflètent dans l’eau, créant une scène presque trop parfaite pour être vraie.
Du refuge Coldai au refuge Tissi
Cette section traverse les balcons naturels de la Civetta. Le sentier offre des vues plongeantes sur la vallée de Zoldo et sur les immenses falaises du massif. Les randonneurs sujets au vertige devront rester attentifs, notamment sur certains passages étroits.
L’étape est courte, autour de 10 kilomètres, mais le terrain rocheux ralentit souvent la progression. Le refuge Tissi, perché sur un promontoire, est particulièrement apprécié pour son panorama au lever du soleil. Si vous avez le courage de sortir de votre sac de couchage avant l’aube, vous ne le regretterez pas.
Du refuge Tissi au refuge Carestiato
Le parcours se poursuit au pied de la Civetta, avec plusieurs passages en balcon et des descentes dans des zones plus boisées. La distance tourne autour de 13 kilomètres. Le dénivelé reste modéré, mais l’accumulation des jours de marche commence à se faire sentir.
Le refuge Carestiato est une halte conviviale, idéale pour récupérer autour d’un plat de pasta, d’une polenta ou d’un gâteau maison. Les refuges italiens proposent souvent une cuisine simple, mais réconfortante, avec des portions qui semblent avoir été pensées pour des marcheurs affamés – ce qui est plutôt bien vu.
Du refuge Carestiato au refuge Pramparet
Cette étape est plus sauvage et moins fréquentée. Elle traverse le groupe de Moiazza, avec des paysages rocheux et des sentiers parfois plus techniques. Le refuge Pramparet, petit et isolé, offre une expérience authentique loin des secteurs les plus touristiques.
Comptez environ 15 kilomètres et plusieurs passages demandant une bonne attention. Vérifiez l’ouverture du refuge avant votre départ, car les dates peuvent varier selon la saison et les conditions météorologiques.
Du refuge Pramparet à Belluno
La dernière étape descend progressivement vers les vallées et les villages de Vénétie. Le contraste est saisissant : après plusieurs jours dans les paysages minéraux de haute montagne, on retrouve les forêts, les routes et les signes de la vie quotidienne.
Selon le tracé choisi, cette descente peut représenter 20 à 25 kilomètres. Il est possible de la diviser en deux journées en dormant dans un hébergement de la vallée. Arriver à Belluno procure une satisfaction particulière : les jambes sont lourdes, le sac paraît soudain deux fois plus léger, et même un simple café en terrasse prend des airs de récompense officielle.
Les paysages incontournables autour du GR
- Le lac de Braies : partez tôt pour profiter du calme, car les abords deviennent très fréquentés en journée.
- Le parc naturel Fanes-Sennes-Braies : ses hauts plateaux et ses vallées verdoyantes offrent une ambiance presque légendaire.
- Le refuge Lagazuoi : son panorama au coucher du soleil compte parmi les plus beaux des Dolomites.
- Les Cinque Torri : un site spectaculaire, facilement accessible depuis le col de Falzarego.
- Le col de Giau : ses prairies et ses sommets dentelés sont parfaits pour une pause déjeuner.
- Le lac Coldai : un petit miroir naturel au pied de la Civetta.
- La Marmolada : le plus haut sommet des Dolomites, qui culmine à 3 343 mètres et peut faire l’objet d’une excursion complémentaire.
- Les Tre Cime di Lavaredo : elles ne se trouvent pas directement sur l’Alta Via n°1, mais méritent largement une extension de séjour.
Quel équipement prévoir ?
Un sac léger reste votre meilleur allié. Les refuges fournissent généralement des couvertures, mais il faut emporter un sac à viande ou un drap-sac. Une serviette compacte, une lampe frontale, des bouchons d’oreilles et une gourde sont également très utiles.
- Chaussures de randonnée déjà rodées, avec une bonne semelle ;
- veste imperméable et vêtements chauds, même en plein été ;
- pantalon de pluie et protection pour le sac ;
- casquette, lunettes de soleil et crème solaire ;
- trousse de premiers secours et protection contre les ampoules ;
- carte papier, GPS ou téléphone avec cartes téléchargées hors connexion ;
- bâtons de randonnée pour soulager les genoux dans les descentes ;
- réserve d’eau et quelques encas énergétiques.
Les refuges ne sont pas toujours équipés de prises électriques en nombre suffisant. Une batterie externe peut donc sauver la journée, surtout si votre téléphone sert à la fois d’appareil photo, de carte et de lampe de secours.
Refuges, réservations et budget
Les refuges des Dolomites fonctionnent souvent sur réservation. Pour éviter une mauvaise surprise, contactez-les directement plusieurs semaines avant le départ et confirmez votre arrivée la veille lorsque cela est possible.
Le tarif d’une nuit en dortoir varie généralement entre 30 et 60 euros, selon le refuge et la formule choisie. Une demi-pension peut coûter entre 60 et 90 euros. Prévoyez des espèces : certains établissements isolés ne disposent pas d’un terminal bancaire fiable.
Pour un séjour de dix jours, ajoutez au budget le transport jusqu’au point de départ, les éventuels bus locaux, les remontées mécaniques et une nuit en vallée avant ou après la randonnée. Les prix grimpent en haute saison, mais il est possible de limiter les dépenses en préparant quelques encas depuis la vallée et en réservant suffisamment tôt.
Conseils de sécurité et de préparation
Une bonne préparation commence par un entraînement régulier. Marchez plusieurs semaines avant le départ avec un sac chargé, en privilégiant les sorties comportant du dénivelé. Les descentes sont souvent plus éprouvantes que les montées, notamment lorsque les genoux commencent à protester.
Consultez les bulletins météo et les conditions des sentiers avant chaque étape. En cas d’orage, évitez les crêtes, les cols et les passages exposés. Ne vous fiez pas uniquement à la distance : six kilomètres sur un sentier rocailleux peuvent demander autant d’énergie que le double sur un chemin forestier.
Certains passages de l’Alta Via peuvent comporter des câbles ou des sections sécurisées. Ils ne nécessitent pas toujours un équipement d’escalade, mais les personnes peu habituées au vide peuvent envisager d’emporter un petit kit de via ferrata. Renseignez-vous précisément sur l’état du parcours choisi.
Comment rejoindre le départ et revenir de Belluno ?
Le lac de Braies est accessible depuis la ville de Brunico ou depuis Dobbiaco, en transports publics ou en voiture. En haute saison, l’accès routier au lac peut être réglementé et les places de stationnement sont limitées. Les navettes constituent souvent la solution la plus simple.
Belluno est reliée à plusieurs villes italiennes par le train et le bus. Si vous laissez votre véhicule près du point de départ, prévoyez un trajet retour assez long ou utilisez les transports en commun pour éviter les complications logistiques.
Une autre option consiste à ne parcourir qu’une partie de l’itinéraire. Les secteurs autour du lac de Braies, de Lagazuoi, des Cinque Torri et de la Civetta permettent déjà de composer plusieurs randonnées magnifiques sur trois à cinq jours.
Une randonnée à vivre pleinement
Le GR des Dolomites ne se résume pas à une liste de kilomètres et de refuges. C’est une traversée où l’on apprend à ralentir : observer la lumière sur les parois, écouter les cloches des vaches dans les alpages, partager une table avec d’autres marcheurs et attendre que la brume se lève sur un col.
Prévoyez des journées suffisamment souples pour profiter des lieux. Une étape raccourcie, une nuit supplémentaire dans un refuge ou un détour vers un lac peuvent transformer un simple itinéraire en véritable souvenir de voyage. Et lorsque les sommets prendront cette teinte rose si particulière au crépuscule, vous comprendrez pourquoi les Dolomites donnent si souvent envie de revenir.
